Autrefois, pour obtenir un semblant de certitude, il fallait extraire les voyelles de ton prénom et de celui du garçon dont la seule vue retournait ton ventre de prépubère never-been-kissed. A=1, E=2, I=3, etc. La somme de toutes les lettres ainsi obtenue dévoilait le pourcentage du succès de l'entreprise. Il n'existait rien de plus tangible alors. Tout score inférieur à 70 % était intolérable, tu retentais donc le coup en incluant les noms de famille, parfois ça te sauvait ta journée, donc ta vie - à douze ans, on ne voit pas bien loin. A quoi se raccrocher d'autre sinon les horoscopes de feu OK Magazine, la version à 5 francs publiée sur papier recyclé tous les mercredis . En dernier recours, il restait la cruelle Magic 8 Ball et ses réponses assassines. Est-ce que j'aurai des nouvelles de lui demain ? Don't count on it. Est-ce qu'il est amoureux de moi ? My reply is no. Est-ce qu'il me trouve jolie ? Try again later.
Pute.
Aujourd'hui, si tu envoies LOVE au 8 12 12 tu sauras si Jean-Kevin, né en 94, est le père de tes futurs enfants, et si tu tapes EX tu découvriras sans tarder s'il est bien raisonnable d'attendre le retour du Jeune A Mèche qui t'a dépucelé la bouche. La technologie actuelle se nourrit d'incertitudes éternelles. De mon temps, les faux espoirs coûtaient moins cher.
Je m'apprête à remettre ma vie dans des cartons et à les vider pour de bon, sans être plus certaine de quoi que ce soit que je l'étais à douze ans avec ma frange de poney et mes sourcils trop épais. On ne peut être sûr que de soi. Même les grandes phrases les plus sincères n'ont rien de définitif, on est riche de cette seule réalité au bout de quinze ans de navigation à vue sans GPS, sans rien à quoi s'amarrer que son instinct, ses pulsions, ses passions.